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Attention : il n’existe aucune preuve que la sueur masculine puisse réguler les hormones d’une femme

Un visuel largement diffusé sur Facebook et Instagram affirme que la sueur des aisselles masculines pourrait réguler les cycles menstruels et les hormones des femmes.

L’image est un montage photographique représentant plusieurs personnes dans un environnement évoquant un laboratoire ou une salle de formation scientifique. Au premier plan, une femme vêtue d’une blouse blanche et portant des lunettes approche son visage et sa main de la zone de l’aisselle d’un homme torse nu. À l’arrière-plan, d’autres personnes en blouse blanche reproduisent des gestes similaires auprès d’hommes torse nu. Le logo “ VitalFlow “ apparaît dans l’angle supérieur gauche de l’image.

Dans la partie inférieure, un texte en grands caractères blancs et rouges indique : « La sueur des aisselles masculines peut littéralement réguler les hormones d’une femme, son cycle menstruel et même améliorer son humeur ».

Selon nos recoupements d’informations, certaines études suggèrent une interaction entre des composés présents dans les sécrétions des aisselles masculines et certaines réponses hormonales ou émotionnelles chez les femmes. Cependant, les travaux de l’étude en question ont porté sur de petits échantillons. Ce qui ne permet pas d’affirmer que la sueur masculine régule le cycle menstruel des femmes ou modifie leur fertilité.

Verification

Une recherche d’image inversée de la photo utilisée dans la publication montre qu’elle a été reprise par plusieurs comptes sur Facebook et X, accompagnée du même message : “ La sueur des aisselles masculines peut littéralement réguler les hormones d’une femme, son cycle menstruel et même améliorer son humeur. “

D’autres recherches complémentaires nous ont également permis de retrouver des émissions sur Facebook et Instagram qui ont abordé le sujet de l’influence des odeurs axillaires masculines sur les réactions hormonales chez les femmes.

Des recherches effectuées sur le site de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne font apparaître aucune recommandation officielle établissant un lien entre la sueur des aisselles masculines et une quelconque amélioration du cycle menstruel ou de l’humeur chez la femme.

Nous avons effectué une recherche par mots-clés à partir de la citation, ainsi qu’à partir de plusieurs formulations en anglais susceptibles de correspondre à cette affirmation. Les résultats nous ont conduit vers un article du site belge d’information sur la santé et le bien-être, Passion santé.

Etude titrée « Préférence des femmes pour l’odeur masculine dominante : effets du cycle menstruel et du statut relationnel » publiée sur le site internet de la National Library of Medicine aux Etats-Unis. Capture d’écran réalisée par Togocheck le 28 septembre 2026

L’article rapporte une étude menée par des chercheurs de l’Université du Nouveau-Mexique auprès d’une cinquantaine d’hommes arborant le même t-shirt pendant deux nuits, en suivant certaines restrictions destinées à éviter que d’autres odeurs ne biaisent l’expérience. Leur taux de testostérone a également été mesuré.

Des femmes ont ensuite évalué l’odeur de ces t-shirts selon différents critères, notamment son caractère agréable, sexy ou intense, tout en indiquant la période de leur cycle menstruel. Les résultats suggèrent que les femmes se trouvant autour de leur période de fertilité avaient davantage tendance à apprécier les odeurs des hommes présentant les taux de testostérone les plus élevés. Cette association n’a pas été observée de la même manière à d’autres moments du cycle.

Ces résultats restent toutefois à interpréter avec prudence : ils ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer que la testostérone “rend” directement l’odeur masculine plus attirante.

Par ailleurs, nous avons retrouvé sur le site de la National Library of Medicine aux Etats-Unis, des articleses travaux en biologie de l’évolution montrent que les femmes proches de l’ovulation ont tendance à préférer certaines caractéristiques de l’odeur masculine, notamment celles associées à la dominance sociale. D’autres recherches suggèrent que l’odeur corporelle masculine peut influencer de manière transitoire la sécrétion de certaines hormones ainsi que l’humeur.

Selon une étude publiée le 17 juillet 2024, menée auprès de 29 femmes, la phase du cycle menstruel influence la réponse hormonale et émotionnelle des femmes lorsqu’elles sont exposées à des odeurs corporelles masculines.

Le document explique que l’odeur corporelle masculine peut avoir certains effets biologiques chez les femmes, notamment sur les hormones. L’étude montre notamment que l’exposition à des sécrétions provenant des aisselles d’hommes peut modifier les pics de l’hormone lutéinisante (LH), qui joue un rôle dans le cycle menstruel. Elle rapporte également que ette exposition peut entraîner des variations du niveau de cortisol et certains changements temporaires de l’état émotionnel, notamment une hausse du sentiment d’excitation sexuelle pendant la phase folliculaire. de recherche en sciences biomédicales et de la vie, portant sur le sujet.

Etude titrée « L’odeur corporelle masculine influence l’état émotionnel, le taux de LH et la sécrétion de cortisol chez les femmes de différents groupes d’âge » publiée sur le site internet de la National Library of Medicine aux Etats-Unis. Capture d’écran réalisée par Togocheck le 28 septembre 2026

L’étude précise toutefois que les échantillons utilisés pour ces recherches sont souvent petits, les méthodes très variables et les résultats parfois contradictoires. Elle souligne également qu’aucune molécule humaine équivalente à une phéromone sexuelle n’a été clairement identifiée à ce jour dans ces travaux.

L’etude suggère donc que l’odeur corporelle masculine peut influencer certaines réponses hormonales et émotionnelles chez les femmes. Mais elle ne démontre pas que l’odeur d’un homme peut directement provoquer une grossesse ou modifier durablement le cycle menstruel. Les chercheurs soulignent également que les mécanismes précis restent encore à comprendre.

Une autre étude publiée en juin 2003 dans la revue scientifique Biology of Reproduction, disponible sur la plateforme Oxford Academic, rapporte que les sécrétions des aisselles masculines pourraient agir sur certains mécanismes hormonaux chez les femmes.

Les chercheurs ont prélevé des sécrétions provenant de protections utilisées par des hommes, puis les ont appliquées sous le nez de femmes volontaires. Ils ont ensuite mesuré leur taux de LH, une hormone liée au fonctionnement du cycle menstruel, ainsi que leur humeur.

Selon les résultats rapportés, l’exposition aux sécrétions masculines aurait avancé le pic suivant de LH, ce qui pourrait modifier le rythme du cycle menstruel. Les participantes auraient également ressenti moins de tension et davantage de relaxation.

Les auteurs de l’étude interprètent ces résultats comme un indice de la présence dans les sécrétions axillaires masculines, de substances pouvant agir comme des phéromones. Ils précisent que cela ne signifie pas, à lui seul, que la sueur masculine régule directement les cycles menstruels, ni que cet effet est démontré chez toutes les femmes.

Des réserves émises par des spécialistes

Pour la communauté scientifique, ces observations faites en milieu contrôlé ne signifient pas que la sueur courante régule de manière concrète ou fiable le cycle menstruel ou l’équilibre hormonal au quotidien. Elle appelle à la prudence face aux interprétations de ces études.

Selon un article publié par BBC Sciences Focus, consacré à la science et la technologie, les chercheurs étudient depuis plus de 60 ans la possibilité que les humains communiquent par des signaux chimiques, comme le font de nombreux animaux. Plusieurs substances, notamment l’androsténone, l’androsténol et androstadiénone, ont été étudiées pour leurs effets possibles sur l’attirance, l’humeur ou la perception sociale.

Cependant, aucune de ces substances n’a été définitivement démontrée comme une véritable phéromone humaine. Certaines anciennes affirmations, comme la synchronisation des cycles menstruels entre femmes, n’ont pas résisté aux études ultérieures. De plus, plusieurs recherches présentent des limites méthodologiques, notamment l’utilisation de doses artificiellement élevées et des résultats difficiles à reproduire. L’article souligne en résumé que les phéromones humaines sont une hypothèse scientifique intéressante mais leur existence et leur capacité à modifier le cycle menstruel, l’humeur ou l’attirance n’ont pas encore été prouvé de manière concluante.

Dans une analyse publiée sur PubMed, les scientifiques estiment que l’androstadiénone est un composé présent notamment dans les sécrétions des aisselles qui a été étudiée comme une possible phéromone humaine.

Toutefois, les concentrations naturellement produites par le corps semblent trop faibles pour expliquer certains effets observés en laboratoire. Les chercheurs restent donc prudents et concluent qu’aucune preuve concluante ne permet actuellement d’affirmer que l’androstadiénone est une véritable phéromone humaine capable de modifier le comportement ou les fonctions physiologiques.

Les mêmes réserves sont émises par le gynécologue-obstétricien et directeur de la clinique Rois mages à Douala, le docteur Jean Yves Tchuenlam. Contacté par nos soins le 23 octobre 2026, il explique que la sueur axillaire masculine contient des molécules capables de transmettre des signaux chimiques et que certaines études ont observé des effets sur la LH, l’humeur et la relaxation chez des femmes exposées à ces sécrétions.

Toutefois, il estime qu’il serait excessif d’affirmer que la sueur masculine régule directement les hormones ou le cycle menstruel. Il précise aussi qu’aucune donnée solide ne démontre que la sueur provoque directement la sécrétion d’endorphines. Selon elle, l’odeur peut jouer un rôle dans l’attraction, les émotions et certaines réponses neuroendocriniennes, mais les preuves scientifiques restent limitées et l’existence d’une véritable phéromone humaine demeure controversée. « En somme, il y a un fond scientifique, mais l’affiche va beaucoup plus loin que ce que la science permet aujourd’hui d’affirmer. », conclut-il.

Par ailleurs, un commentaire publié sous une reprise de la même publication sur X affirme que les Coréens n’auraient aucune odeur de transpiration en raison d’une mutation génétique du gène ABCC11.

D’après nos vérifications, il existe effectivement un phénomène génétique lié au gène ABCC11, qui influence la production de certaines molécules responsables de l’odeur des aisselles. Un article publié en 2013 par le média français, AlloDocteurs, a abordé la question. Il rapporte qu’environ 2 % de la population possède une variante particulière du gène ABCC11 qui fait que les aisselles produisent très peu ou pas de molécules odorantes.

Dans la même optique, d’après une analyse publiée en 2009 par la National LIbrary of Medicine aux Etats-Unis, le gène ABCC11 joue un rôle important dans la production de l’odeur des aisselles en contrôlant la sécrétion de certaines substances utilisées par les bactéries de la peau. Une variation appelée 538G – A, fréquente chez les populations asiatiques, réduit fortement ces substances et donc l’odeur corporelle caractéristique.

Les personnes porteuses de deux copies de cette variante produisent ainsi beaucoup moins d’odeur axillaire. Le même gène intervient aussi dans le type de cérumen, humide ou sec. Les chercheurs évoquent enfin une possible sélection liée aux préférences des partenaires, mais cette explication reste une hypothèse et non une conclusion établie. Ainsi, certaines personnes peuvent naturellement produire beaucoup moins d’odeur au niveau des aisselles en raison de leur patrimoine génétique. Cette particularité ne permet toutefois pas, à elle seule, de confirmer ou d’infirmer les effets hormonaux évoqués dans la publication.

Enfin, l’image que nous vérifions, analysée à l’aide de l’outil de détection de contenus générés pa l’IA, donne une probabilité de 90% qu’elle a été générée par l’intelligence artificielle.

Conclusion

D’après nos vérifications, il existe effectivement un phénomène génétique lié au gène ABCC11, qui influence la production de certaines molécules responsables de l’odeur des aisselles. Un article publié en 2013 par le média français, AlloDocteurs, a abordé la question. Il rapporte qu’environ 2 % de la population possède une variante particulière du gène ABCC11 qui fait que les aisselles produisent très peu ou pas de molécules odorantes.

Cette vérification des faits a été produite par Class Pro dans le cadre du programme d’incubation de l’Alliance africaine de vérification des faits (AFCA). Elle a été réalisée avec le mentorat entre pairs de l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, PesaCheck, avec le soutien financier de l’Initiative pour la Démocratie Numérique, dans le cadre du projet Digitalise Youth, dirigé par European Partnership for Democracy (EPD). Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. La prise de décision éditoriale reste du ressort de Class Pro. Vous souhaitez en savoir plus ? Visitez : https://factcheck.africa/

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