Tags

Dignité menstruelle : ces corps oubliés de l’inclusion

Parler des menstruations est déjà un combat. Mais pour les femmes en situation de handicap, c’est une réalité encore largement invisibilisée. Entre tabous sociaux, angles morts médiatiques et manque d’infrastructures adaptées, leur dignité reste trop souvent reléguée au second plan. Et si une inclusion réelle commençait aussi par reconnaître ces expériences ? Quand parler des règles ne suffit pas Ces dernières années, la question de la dignité menstruelle a progressivement émergé dans les débats publics. Campagnes de sensibilisation, plaidoyers, actions communautaires : le sujet sort peu à peu du silence. Mais cette avancée reste incomplète. Car toutes les femmes ne sont pas concernées de la même manière par ces initiatives. Certaines restent à la marge des discours, comme si leurs réalités étaient trop complexes, trop invisibles… ou simplement oubliées. Lire aussi : Accès et pouvoir : construire des espaces vraiment inclusifs pour les femmes handicapées  Femmes handicapées : une double invisibilisation Être femme, dans de nombreux contextes, c’est encore devoir composer avec les tabous liés au corps. Être en situation de handicap, c’est souvent être absente des récits dominants. Être les deux à la fois, c’est exister dans un angle mort. Un angle mort où les menstruations ne sont ni pensées, ni racontées, ni intégrées dans les politiques publiques de manière adaptée. Des réalités concrètes, rarement prises en compte Derrière le silence, il y a des vécus. Pour de nombreuses femmes en situation de handicap, la gestion des menstruations implique : – un accès limité aux produits d’hygiène ; – des infrastructures non adaptées ; – une dépendance accrue pour des gestes intimes ; – un manque d’information accessible. Comme le souligne Nokam Christelle, engagée pour les droits des femmes et des personnes handicapées : « Les femmes handicapées font face à des défis d’accès aux produits d’hygiène et à des infrastructures adaptées. » Ces réalités ne relèvent pas de situations isolées. Elles traduisent un déficit structurel d’inclusion. Le corps comme angle mort des récits médiatiques L’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) nous apprend à questionner ce qui est visible… et ce qui ne l’est pas. Quand les médias abordent la dignité menstruelle : – quels corps sont représentés ? – quelles expériences sont mises en avant ? – lesquelles restent absentes ? Les femmes en situation de handicap sont encore largement invisibles dans ces récits. Et cette invisibilité n’est pas sans conséquence : ce qui n’est pas montré est rarement priorisé. Dignité en rouge : rendre visible ce qui ne l’est pas Face à ce silence, certaines initiatives cherchent à changer les choses. À travers la campagne Dignité en rouge, portée par l’organisation HandiFiers,  ou le projet soso meki : mon sang est digne de l’association Elles rayonnent ensemble, des actions sont menées pour visibiliser les réalités menstruelles des femmes en situation de handicap, sensibiliser les communautés et promouvoir des solutions inclusives. Cette approche rappelle une évidence : on ne peut pas parler de dignité menstruelle sans inclure toutes les femmes. Une question de droits, pas de confort La dignité menstruelle n’est pas un luxe. C’est une question de santé ; autonomie ; éducation ; participation sociale. Lorsqu’une femme ne peut pas gérer ses menstruations dans des conditions dignes, c’est toute sa capacité à participer pleinement à la société qui est affectée. Inclure tous les corps, vraiment Les avancées en matière de dignité menstruelle sont importantes. Mais elles doivent aller plus loin. Inclure réellement, c’est : – penser des infrastructures accessibles ; – adapter les politiques publiques ; – produire des contenus médiatiques inclusifs ; – donner la parole aux premières concernées. Et si l’inclusion passait aussi par le corps ? On parle souvent d’inclusion en termes d’accès, de participation ou de représentation. Mais plus rarement du corps. Et pourtant, c’est là que tout commence. Parce qu’au fond… Une société inclusive ne choisit pas quels corps méritent la dignité. Elle les reconnaît tous,  sans exception. Prendre en compte ces réalités, c’est aussi permettre aux femmes de prendre la parole…Reconnaître ces réalités, c’est aussi ouvrir la voie à une parole plus libre et à un engagement plus affirmé des femmes concernées.  

Class Pro est une association qui mobilise l’action civique pour lutter contre les désordres informationnels

Soutien

Prenez part au changement. Signez la Charte des Médiatrices

Copyright © 2025 Class Pro, All Rights Reserved. Powered by buildyrbrand