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Non : Jacques Fame Ndongo n’a pas défendu le poste de vice-président dans une interview

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et devenue virale montre le ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup) et secrétaire national à la communication du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (parti au pouvoir) face à la presse déclarant que la création d’un poste de vice-président permettrait de « lutter contre le vide institutionnel ». Après vérification auprès de Jean-Paul Mbia, conseiller technique n°1 au Minesup et via des outils de recherche d’image inversée entre autres, Class Pro établit qu’il s’agit d’une vidéo manipulée par les outils d’intelligence artificielle. Depuis quelques jours, une séquence vidéo montrant le professeur Jacques Fame Ndongo en interview circule sur les réseaux sociaux. Dans cet extrait présenté comme récent, le ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup) commente un des sujets majeurs de l’actualité (politique)au Cameroun: la création d’un poste de vice-président. Morceaux choisis des propos attribués au Minesup, « le poste de vice-président permet de lutter contre le vide institutionnel ». La vidéo publiée entre autres sur le compte Facebook de Maître Sikati-Officiel, est accompagnée d’un commentaire : « Pauvre Cameroun. Des gros mots sans cohérence. Lui-même ne comprend pas ce qu’il dit. Du faux français et anglais mélangés », lit-on. La publication cumule plus de 3000 likes, plus de 1000 commentaires et plus de 600 partages et 231 000 vues. Cette vidéo circule moins d’une semaine après la promulgation (le 14 avril 2026) de la loi portant création du poste de vice-président de la République du Cameroun. Une révision constitutionnelle destinée à encadrer la succession présidentielle, qui prévoit qu’un vice-président nommé par le chef de l’État assure l’intérim et achève le mandat en cas de vacance du pouvoir. A l’observation minutieuse de ce clip, Class Pro y relève quelques éléments incohérents, notamment les mouvements des lèvres de Fame Ndongo pas en accord avec les paroles prononcées. Dans le but d’obtenir des clarifications, nous avons contacté le professeur Jacques Fame Ndongo. Celui-ci n’a pas répondu jusqu’au moment de la publication de l’article. La rédaction a ensuite joint le professeur Jean-Paul Mbia, conseiller technique n°1 Minesup. Il est formel, « Le ministre d’État n’est pas l’auteur de ces propos. Très souvent, sous sa casquette de Secrétaire à la communication du RDPC, il publie des communiqués officiels. Ce qui n’est pas le cas en ce moment ». Nous avons également contacté le professeur Joël Meyolo, le chef de Division de la Recherche et de la Coopération universitaires, qui a confirmé le caractère trompeur de la vidéo en précisant “ fake”, en réponse à nos questions. Par ailleurs, pour retracer l’origine de cette vidéo, Class Pro a effectué une recherche d’images inversée sur Google Lens à partir des captures d’écran de la séquence. Cette démarche a permis de retrouver la même interview, accompagnée d’un tout autre audio. Dans ces versions plus synchronisées, le ministre évoque plutôt des questions liées à la révolution du secteur de l’enseignement supérieur au Cameroun. Les mouvements des lèvres correspondent parfaitement aux paroles prononcées. L’une des versions retrouvées a été publiée le 7 avril 2020 sur la chaîne YouTube Groupe Daabou, avec la description indiquant qu’il s’agit d’une interview réalisée en 2015. Une autre séquence issue de la même interview, cette fois en langue anglaise, a également été publiée le 4 novembre 2020 sur la page Facebook KanKan Way. Nous avons également analysé la vidéo qui fait l’objet de cette vérification à l’aide de l’outil de détection d’intelligence artificielle de MyDataCheck. Les résultats indiquent que la vidéo elle-même est authentique à 87,35 %, mais que l’audio présente une probabilité de 99,78 % d’avoir été généré par intelligence artificielle. Au terme des vérifications, la vidéo attribuant au professeur Jacques Fame Ndongo des déclarations sur la création d’un poste de vice-président au Cameroun est trompeuse. Cette vérification des faits a été produite par Class Pro dans le cadre du programme d’incubation de l’Alliance africaine de vérification des faits (AFCA). Elle a été réalisée avec le mentorat entre pairs de l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, PesaCheck, avec le soutien financier de l’Initiative pour la Démocratie Numérique, dans le cadre du projet Digitalise Youth, dirigé par European Partnership for Democracy (EPD). Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendnce journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. La prise de décision éditoriale reste du ressort de Class Pro. Vous souhaitez en savoir plus ? Visitez : https://factcheck.africa/

Partiellement faux : toutes les variétés de manioc ne sont pas toxiques

Présenté comme un docteur en biologie et thérapeute camerounais, Polain Nzobeuh a dans une de ses publications Facebook, fait plusieurs déclarations sur le manioc. Toutes portent selon lui, sur l’existence des études scientifiques démontrant la toxicité du manioc et son impact sur le développement intellectuel des populations. D’après des spécialistes en agronomie, biologie moléculaire et en science alimentaire et nutrition, cette assertion est partiellement vraie. Présenté comme un biologiste et thérapeute camerounais, Polain Nzobeuh a fait plusieurs allégations sur sa page Facebook à propos du manioc. Le post qui s’avère être un relai d’une conversation mentionne ceci : « J’ai révélé à Valère BELIAS les études scientifiques qui démontrent la toxicité du manioc et son impact sur le développement intellectuel des populations (…) Les zones où on mange le plus de manioc, ce sont des zones où on voit le plus de crétinisme (…) Je ne dis pas que le manioc donne directement le cancer, mais c’est un contributeur, c’est un favorisateur des conditions cancéreuses ». A ce jour, le post cumule 2025 likes, plus de 1200 commentaires et 434 partages. Le manioc est-il un aliment dangereux pour la santé ? Une affirmation selon laquelle cette culture vivrière serait toxique, favoriserait le crétinisme et contribuerait au développement de cancers circule et suscite des inquiétudes. Class Pro a soumis ces allégations à des spécialistes en agronomie, en biologie moléculaire et en science alimentaire et nutrition. Leur verdict est nuancé. La vérification Nous avons contacté Polain Nzobeuh pour avoir la source qui renseigne sur la toxicité du manioc. En guise de réponse, il a envoyé à la rédaction un lien, en indiquant : « Vous trouverez dans ce document les éléments qui expliquent en partie ces faits ». Long de 13 pages, le texte semble être une partie du compte rendu d’un colloque sur des recherches et questions de santé publique tenu à Ottawa au Canada, du 31 mai au 2 juin 1982. Intitulé « la toxicité du manioc et la thyroïde », ce rapport révèle que dans les variétés classées fraiches, il existe des catégories de manioc dites douces ou amères. Ceci, « selon la teneur en acide cyanhydrique (HCN) de la pulpe. Cependant, les concentrations d’HCN dans les racines varient considérablement selon les différentes variétés étudiées », lit Class Pro. Ce qui est affirmé Plusieurs publications font état d’une toxicité générale du manioc, établissant un lien entre sa consommation et deux pathologies graves : le crétinisme et le cancer. Certaines de ces publications avancent que les zones de forte consommation de manioc sont également celles où le crétinisme est le plus répandu, laissant entendre un lien de causalité entre l’aliment et la maladie. Sur la toxicité Il est exact que certaines variétés de manioc contiennent des composés cyanogéniques susceptibles d’être toxiques. Cependant, cette caractéristique ne s’applique pas à toutes les variétés. Par ailleurs, les procédés de transformation ; épluchage, trempage, cuisson, fermentation permettent d’éliminer ces substances. Un manioc correctement transformé ne présente donc plus de risque toxique pour le consommateur. De plus, la teneur en cyanure, comme l’indique l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), est beaucoup plus élevée dans la peau du manioc, même si le goût amer n’indique pas avec certitude la présence de cyanure. C’est ainsi que « le cyanure libéré se dissout dans l’eau quand la fermentation est provoquée par un trempage prolongé, et s’évapore quand le manioc fermenté est séché ». Toutefois, « le séchage au soleil de petits morceaux de manioc frais pendant une courte durée n’est pas un bon procédé de détoxication. (Car) le cyanure ne sera pas complètement libéré et l’enzyme sera détruite pendant le séchage. Les techniques de transformation par séchage au soleil ne réduisent que de 60 à 70 % la teneur totale en cyanure durant les deux premiers mois de conservation », renseigne le document du FAO. Le principe toxique essentiel qui existe en quantités variables dans toutes les parties de la plante de manioc est un composé chimique appelé linamarine. Il coexiste souvent avec son homologue méthylique appelé méthyllinamarine ou lotaustraline. La linamarine est un glucoside cyanogénétique qui est transformé en acide cyanhydrique toxique ou acide prussique lorsqu’il entre en contact avec la linamarase, une enzyme qui est libérée quand les cellules des racines de manioc se rompent. La linamarine est par ailleurs un composé assez stable qui n’est pas modifié durant la cuisson du manioc. Si elle passe de l’intestin dans le sang comme glycoside intact, elle est probablement excrétée inchangée dans l’urine sans dommage pour l’organisme (Philbrick, et al., 1977). Cependant, la linamarine ingérée peut libérer du cyanure dans l’intestin durant la digestion.Toutefois, l’acide cyanhydrique (HCN) est un composé volatil qui s’évapore rapidement dans l’air à des températures supérieures à 28 °C et se dissout facilement dans l’eau. Il peut aisément être perdu durant le transport, l’entreposage et l’analyse des échantillons. FAO Sur le lien avec le crétinisme D’après une section de « La toxicité du manioc et la thyroïde : des recherches et questions de santé publique » qui n’est pas contenue dans le document source de Polain Nzobeuh, il est indiqué que « 3 à 17 % des gens qui vivent dans les régions gravement goitreuses souffrent de crétinisme et de troubles connexes ». Et « même si le manioc est cultivé dans des pays tels que l’Inde, la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie, rien ne prouve que sa consommation joue un rôle quelconque dans la goitrigenèse en Asie », renseigne le compte rendu de colloque. Polain Nzobeuh établit une corrélation entre la consommation de manioc et l’apparition du crétinisme. Mais les spécialistes consultés réfutent fermement cet argument, qu’ils jugent non étayé scientifiquement. « Je ne pense pas qu’il y ait un lien statistique entre la consommation de manioc et le crétinisme », affirme Maximillienne Siewe, enseignante-chercheuse. Son analyse rejoint celle de Djeukeu Asongui William : « Le lien de causalité n’est pas établi. Par contre, sans le manioc, beaucoup de gens seraient morts. Aujourd’hui, on ne peut pas attribuer cette

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