Déclaration de Douala sur l’Éducation aux Médias et à l’Information
« Pour une citoyenneté numérique éclairée, inclusive et souveraine en Afrique : des projets aux écosystèmes durables »
Préambule
Nous, représentants des institutions publiques, organisations de la société civile, médias, journalistes, chercheurs, universitaires, éducateurs, acteurs du numérique, créateurs de contenus, parents et jeunes leaders africains et internationaux, réunis à Douala, au Cameroun, du 8 au 10 octobre 2026, à l’occasion de la première édition du Salon Africain de l’Éducation aux Médias et à l’Information (SALEMI),
Reconnaissant que l’Afrique connaît une transformation numérique historique portée par l’essor du téléphone mobile, des réseaux sociaux, des messageries instantanées et de l’intelligence artificielle offrant des opportunités majeures en matière d’accès au savoir, d’innovation, d’expression et de développement ;
Constatant que cette transformation s’accompagne de vulnérabilités profondes : désinformation, campagnes de manipulation, discours de haine, cyberharcèlement, violences numériques, atteinte à la vie privée, polarisation des débats et émergence de contenus synthétiques ou générés par l’IA ;
Affirmant que l’Afrique ne doit pas être un simple territoire d’application de solutions conçues ailleurs, mais un espace de production souverain de savoirs, de méthodes, d’outils et d’innovations adaptés à ses réalités socioculturelles, linguistiques et territoriales ;
Rappelant que l’Éducation aux Médias et à l’Information constitue une compétence essentielle du XXIᵉ siècle et l’infrastructure invisible de la citoyenneté numérique africaine, indispensable à la protection des droits humains, au renforcement des démocraties et à la cohésion sociale ;
I. Nos Constats de Terrain
Les participants au SALEMI 2026 dressent un état des lieux sans concession des défis numériques en Afrique :
Exposition numérique vs Compétences
L’accès croissant aux outils et aux flux numériques ne garantit pas la capacité critique des citoyens (identification des sources, vérification, compréhension des algorithmes de recommandation).
Insuffisante institutionnalisation éducative
L’ÉMI reste trop souvent cantonnée à des projets ponctuels portés par des acteurs externes, sans intégration structurelle durable dans les cursus scolaires et la formation initiale des enseignants.
Approche trop souvent réduite au fact-checking
Si la vérification est essentielle, l’ÉMI doit embrasser un spectre plus large : analyse des sources, biais cognitifs, sécurité des données personnelles, parentalité numérique, éthique de l’IA et création de contenus responsables.
Émergence de l’IA générative
La profusion d’outils automatisés exige de dépasser la simple détection du faux pour enseigner la compréhension en profondeur des mécanismes de production, de personnalisation et de manipulation algorithmique.
Rôle clé mais sous-accompagné des parents & enseignants
Éducateurs et familles constituent les maillons décisionnels clés, mais manquent cruellement de repères, de ressources pédagogiques contextualisées et de méthodes d’accompagnement au quotidien.
Impact disproportionné sur les vulnérabilités
Les violences numériques, le cyberharcèlement et la désinformation touchent de plein fouet les femmes, les filles et les jeunes, freinant gravement leur participation citoyenne et démocratique.
Engagements par Collège d’Acteurs
États & Institutions Publiques
- Intégrer l’ÉMI de manière transversale et progressive dans les curricula scolaires (du primaire au supérieur) et la formation professionnelle.
- Institutionnaliser la formation initiale et continue des enseignants et personnels éducatifs aux enjeux du numérique et de l’IA.
- Élaborer des politiques nationales d’ÉMI adaptées aux réalités linguistiques, locales et culturelles.
Acteurs Éducatifs & Société Civile
- Changer de paradigme : passer d’une logique de « projets ÉMI » isolés à la construction « d’écosystèmes ÉMI » durables (reliant formation, programme, ressources, clubs scolaires, communautés et suivi).
- Développer des ressources pédagogiques contextualisées et inclusives, tenant compte des langues locales et des publics éloignés ou vulnérables.
- Promouvoir la parentalité numérique et le dialogue intergénérationnel au sein des communautés et des familles.
Médias, Journalistes & Fact-checkers
- Développer des formats pédagogiques d’ÉMI au sein des médias de grand public et de proximité.
- Démocratiser et partager les méthodes de vérification de l’information avec les citoyens, chercheurs et éducateurs.
Jeunes, Écoles & Créateurs de Contenus
- Multiplier les clubs ÉMI, médias scolaires et espaces d’expression civique de la jeunesse.
- Inciter les créateurs de contenus et influenceurs à adopter des pratiques éthiques, responsables et citoyennes.
Partenaires Techniques & Financiers
- Soutenir durablement les initiatives africaines structurantes portées par des acteurs de terrain.
- Favoriser les coopérations Sud-Sud et le transfert de connaissances sans imposer de modèles hors-sol.
III. La Feuille de Route de Douala
Afin d’assurer des retombées concrètes et mesurables, les participants au SALEMI 2026 s’accordent sur 4 priorités opérationnelles :
1. Cadre Panafricain de Concertation en ÉMI
Un réseau permanent reliant établissements, associations, chercheurs, médias et institutions de tout le continent.
2. Données de Terrain Africaines
Documenter régulièrement les pratiques informationnelles réelles sur le continent pour nourrir la recherche et les politiques publiques.
3. Mutualisation des Innovations
Mettre en réseau les outils, guides et jeux pédagogiques créés localement (à l’échelle de l’Afrique centrale et du continent).
4. Pérennisation du SALEMI
Faire du Salon un rendez-vous annuel itinérant et hybride d’évaluation, de recherche, de formation et d’expérimentation.
IV. Dispositif de Suivi — Secrétariat Permanent
Il est établi un Secrétariat Permanent de la Déclaration de Douala sur l’ÉMI.
Hébergement provisoire : Le Secrétariat est hébergé par Class Pro (Association panafricaine d’Éducation aux Médias et à l’Information), organisation initiatrice du SALEMI, en concertation avec les partenaires associés dont Eduk-Média et DataCheck.
- Suivre la mise en œuvre de la présente feuille de route continentale.
- Faciliter la mise en réseau et la capitalisation des ressources de l’ensemble des signataires.
- Préparer les modalités d’une gouvernance élargie et collective pour les prochaines éditions du SALEMI.
V. Adhésion & Premiers Signataires
Fait à Douala (Cameroun), le 10 octobre 2026.
Les participants au SALEMI 2026 adhèrent pleinement aux principes et engagements de la présente Déclaration et appellent l’ensemble des parties prenantes africaines et internationales à la rejoindre.
| Nom & Prénom | Organisation & Structure | Rôle & Qualité | Signature |
|---|---|---|---|
| Badal FOHMOH | Association ClassPro | Présidente fondatrice de Class Pro • Initiatrice du SALEMI | Signataire Fondatrice |
| Comité d’Organisation | SALEMI 2026 | Direction Exécutive & Comité Scientifique | Signataire Institutionnel |
| Partenaires Techniques | Eduk-Média, DataCheck, Factoscope, ESJ Lille, EPJ de Tours | Collège Médias, Écoles de Journalisme & Recherche en ÉMI | Signataires Associés |
Signer la Déclaration de Douala sur l’ÉMI
Apposez votre nom et celui de votre institution pour soutenir la souveraineté numérique, l’esprit critique et l’éducation aux médias en Afrique.